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L'eau : une ressource trop précieuse pour n'être utilisée qu'une seule fois

D’ici 20 ans, un pays sur 5 devra faire face à de sévères pénuries d’eau liées au dérèglement climatique. Comment réduire les tensions sur les ressources en eau douce ? Au-delà de la réduction des consommations, des solutions existent déjà, comme le traitement et la réutilisation des eaux usées appelé “REUT” (ou ReUse en anglais). Une enquête Elabe réalisée en France pour le journal La Tribune, montre que 83% des sondés seraient prêts à boire de l'eau produite à partir d'eau usée.

La réutilisation des eaux usées valorise la ressource en eau sur l’ensemble de ses usages : par l’irrigation des espaces verts ou des cultures, la lutte contre les incendies, les besoins industriels, le rafraîchissement urbain, ou encore l’alimentation des populations en eau potable. Mais en Europe, le REUT reste une solution encore sous-exploitée : 0,6 % en France, 8 % en Italie, 14 % en Espagne… pour 80 % en Israël.

Face à l’urgence environnementale, le pragmatisme associé à la confiance dans la technologie prend le dessus sur les peurs.

L’enquête Elabe révèle que 92% des personnes interrogées se disent préoccupées par la pollution des océans et des rivières, 87% par la raréfaction des ressources et 84% par les risques de sécheresse. Un français sur deux craint un risque de pénurie d’eau potable. Mais en France, la réutilisation d’eaux usées traitées, qui est encadrée par la législation européenne sur l’irrigation des cultures, est confrontée à la crainte de présence de micropolluants, et à un frein psychologique. Les pouvoirs publics et les autorités sanitaires sont donc peu enclins à encourager le REUT. Pourtant 70% des français pensent que des solutions seront trouvées pour faire face au déficit hydrique et 46% ne sont pas surpris quand ils apprennent que l’eau usée peut se transformer en eau potable. En cas de sécheresse, 87% se disent convaincus de l’utilité de produire de l’eau potable à partir d’eaux usées traitées. 75% des sondés se disent prêts à utiliser une eau potable recyclée pour cultiver des fruits et légumes et élever du bétail. Avec 17% de personnes très réticentes seulement, la très grande majorité se dit prête à boire l’eau traitée, sous réserve d’une information régulière sur la qualité de l’eau, d’un goût équivalent ou encore d’une tarification moins chère.

Les citoyens sont prêts à changer leurs habitudes pour répondre aux problématiques environnementales , confirme Philippe Sébérac, directeur Expertise technique & scientifique, direction Soutien aux métiers et de la performance de Veolia. 

Depuis 40 ans par exemple, en Namibie, la station de traitement de Windhoek transforme avec Veolia 21 000 m3 par jour d’eaux usées en eau potable, en toute sécurité sanitaire. En France, à Sainte-Maxime, 300 000 m3 d’eau traitée par an permettent d’arroser le golf et les espaces verts. À Pornic, l’eau recyclée sert à rafraîchir une zone urbaine, très appréciée des touristes.

Veolia en France innove dans le REUT pour l’irrigation agricole...

Le développement de nouveaux modèles accélère le déploiement des projets de REUT : les systèmes décentralisés traitent l'eau au plus prêt des besoins. Les systèmes d'irrigation intelligents mesurent en temps réel les besoins en eau du sol et de la plante, et adaptent la quantité de nutriments contenus dans l'eau recyclée utilisée. Dans les régions en déficit hydrique, Veolia optimise le pilotage de l'irrigation : des capteurs développés par Vegetal Signals mesurent les besoins des plantes, limitent les volumes d'eau et réduisent les coûts. Le projet Irrialt’Eau irrigue les 80 hectares de vignobles de la commune de Gruissan, en goutte-à-goutte avec de l’eau usée traitée. Il a été soutenu par les viticulteurs et les associations d’écologistes dès 2011, après une phase de tests prouvant l’absence de contaminants dans le sol et dans le raisin. En Occitanie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce projet est en cours de développement pour la vigne et les cultures maraîchères. Dans les Hautes-Pyrénées pour optimiser la productivité sans intrants chimiques, SFR-SmartFertiReuse expérimente l’irrigation en fonction des besoins des cultures, avec une eau usée traitée enrichie de nutriments contenus dans les effluents.

Erko, la première bière tchèque produite à base d'eau recyclée

Les Tchèques perçoivent le recyclage de l'eau comme l'un des moyens les plus efficaces pour lutter contre la sécheresse (selon une enquête IBRS pour Veolia, réalisée auprès de 1 000 personnes entre le 8 et le 12 juin 2020 en République Tchèque).

    A Prague, le terrain de golf Vinoř est déjà arrosé par des eaux usées recyclées. Pour briser la stigmatisation du REUT, nous avons lancé le projet Erko, la première bière fabriquée  à partir d'eau recyclée en République tchèque. Avant d'être brassée, l’eau utilisée est traitée  en 3 étapes : filtration, osmose inverse et désinfection , a expliqué Ondřej Beneš, directeur Commercial et Technique de l'Eau, chez Veolia

Plusieurs pays autorisent déjà le REUT pour l'eau potable

Selon le recensement de l'OMS et de l'US EPA en 2017, les Etats qui utilisent le REUT pour la production et la distribution d'eau potable sont l'Australie, la Californie, le Texas, Singapour, la Namibie, l’Afrique du Sud, le Koweït, la Belgique et le Royaume Uni. Le REUT y recharge les nappes d'eau souterraine ou des eaux de surface (barrage). Au Brésil et en Inde, des projets sont à l'étude. Des recommandations d'institutions sanitaires ou environnementales sécurisent cette pratique (OMS 2017, USEPA 2012 et 2017, Water Research Australia 2019). La réglementation « eau potable » de chacun de ces pays s’applique à l'eau produite à partir de REUT.

Un règlement européen du REUT issu de la stratégie "de la fourche à la fourchette"

 

Le règlement du 25 mai 2020 relatif aux exigences minimales applicables à la réutilisation de l’eau*, établit 4 qualités d'eaux réutilisées pour l'irrigation agricole. Le REUT, combiné à une irrigation agricole économe, a le plus fort impact sur les prélèvements à la source. Cette réglementation qui s’applique sur l'ensemble du territoire européen, s'inscrit dans la stratégie "de la fourche à la fourchette" : tous les consommateurs de l'Union européenne bénéficieront de la même qualité de produits alimentaires via la qualité de leurs eaux d’irrigation, sans distorsion entre pays producteurs.

Ce texte uniformise les exigences à des niveaux comparables à ceux fixés en Australie et en Californie. La France, l’Espagne, l’Italie, Malte, Chypre et la Grèce vont devoir "mettre à jour" leur législation, alors que les  pays qui veulent s'y soustraire vont devoir examiner leurs pratiques agricoles pour vérifier qu’ils ne sont  pas  en infraction,  explique Dominique Gâtel, directeur des Affaires publiques pour l’Eau chez Veolia.

La réglementation française définit 4 qualités d'eau usée traitée A, B, C et D, selon des objectifs sanitaires, pour encadrer l'irrigation de cultures ou d'espaces verts. La qualité d'eau requise dépend de l'usage, c'est à dire du type de culture, de sa transformation et du mode d'irrigation. Par exemple, les cultures maraîchères, fruitières et légumières consommées crues nécessitent une qualité A, la plus exigeante. En revanche, dans le cas d'une irrigation localisée de cultures transformées, sans contact entre la culture et l'eau (arrosage de vignes au goutte à goutte par ex.) une qualité C est suffisante.